Les chroniques d’un mégalomane amoureux : la théorie du complot

L’autre nuit, j’étais accoudé à un bar terni par le temps qui sentait le bois, la bière et la marée humaine, et mon pote Engin me dit : « Marcel, tu n’es qu’un vieil ivrogne. Regarde un peu ta tête. »

Je ne me trouvais pas moche. Je ne me trouvais pas beau non plus.

Comme le Covid nous avait tous enfermé pendant de longs mois face à nous même (non que cela m’en déplût soyez en certains !) on s’était dit avec Rose, pourquoi pas partir se perdre sur les routes et s’en foutre de tout ? « Bien sûr ma Rose ! Avec toi tout ce que tu voudras ! » Mais la réalité était plutôt celle-ci : « Je pars en formation sur Paris, tu m’accompagnes ? » Alors je l’ai suivie et je me suis monté toute cette histoire dans ma tête : partir sur les routes, en voyage, s’en foutre de tout ! premièrement pour enorgueillir ma vie terne de petit bourgeois endimanché dans un travail et un confort, et aussi pour rendre cette chronique plus vendeuse. Avouez qu’au simple fait de lire le mot voyage, ça vous a fait briller les yeux pendant trois secondes et demi ? 🙂

Alors je suis parti avec elle et son petit enthousiasme débordant. Nous avons pris une auberge de jeunesse pour le cadre voyage, et sommes arrivés dans une chambrette avec deux lits superposés qui était en rénovations, les gaines isolantes pendaient des murs car la saignée n’était pas rebouchée et la saleté liée au plâtre jonchait encore sur le sol. Nous avons changé de chambre et sommes encore tombés sur une de ces vieilles chambrettes qui avait fait son temps (à l’entrée il était marqué meilleure auberge de jeunesse en 2004.)

Et nous voici à Paris ! Voyageurs des routes, fraichement trentenaires, des rêves pleins les yeux, pas ceux de nos vingt ans, abandonnés à l’entrée des artistes, non, ceux d’un couple de futurs jeunes vieux.

Mon objectif : m’enfermer quatre jours et écrire sans m’arrêter, écrire la fin de mon roman qui me tient en haleine depuis trois ans pour que ce dernier ne soit lu par personne, et le soir, lorsque Rose rentre, se perdre dans les bars. Et ainsi commence notre histoire.

Altay nous sort « Vous ne le savez pas, mais on vit dans une réalité virtuelle ! » Merde je me suis dit, alors je ne suis pas moi ?

Ça faisait au moins dix ans que je n’avais pas entendu cette théorie.

Je lui ai donc sorti toute la théorie du moi et du surmoi que j’avais lue simplement pour étaler ma connaissance sur le sujet alors que cela n’avait aucun rapport. Mais ça rendait le débat très intellectuel bien que, soyons honnêtes, ce n’était qu’une conversation d’ivrognes. Il me répond « mais si, quand tu regardes mieux autour de toi, tu y vois des incohérences. » J’ai demandé quoi comme incohérences, il me répond « Les choses qui ne peuvent pas s’expliquer, je ne peux donc pas te l’expliquer. » ça avait du sens. J’y ai cru. Et je me suis mis à me dire qu’il avait raison. J’ai fait remarquer que jouer un personnage tel que moi dans la réalité virtuelle craint un peu. Engin me sort donc ce fameux : « Marcel, tu n’es qu’un vieil ivrogne. Regarde un peu ta tête. Tu n’es qu’un PNJ. » Il m’avait couché. Puis Altay réplique et explique que le Covid, c’est l’anti-virus informatique parce qu’il y a trop de PNJs sur la simulation. Soudain Rose explique que la bière a le goût de la pisse. Cela ne pouvait être qu’une erreur dans la matrice ! Ou parce qu’elle a eu le covid long et a perdu la bonne notion des sens. Je ne savais franchement plus quoi y penser.

« Marcel, tu n’es qu’un vieil ivrogne. Regarde un peu ta tête. »

Je l’ai déjà entendu quelque part. Vous n’aviez pas déjà lu cette phrase ? …

Je me suis réveillé avec un mal de crâne, une odeur de vomi dans le coin de la bouche et un soupir de Rose qui m’a lancé, tu passes ton temps à boire comme un trou.

J’ai dormi toute la journée et ai mis une journée supplémentaire à m’en remettre. Au diable l’écriture !

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